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Les lectures des documentalistes du Val-d’Oise

NB. Les ouvrages recensés ici ne sont pas disponibles au pôle médiation de ressources de l’atelier Canopé, sauf exception : titre suivi d’un astérisque.

Passionné par la lecture, un groupe de professeurs documentalistes des bassins de Sarcelles et Gonesse a souhaité créer un comité de lecture consacré à la littérature pour adolescents. Ce comité de lecture se réunit à raison d’une fois par mois en moyenne et lit les nouveautés, plus particulièrement celles destinées aux collégiens. Les professeurs documentalistes désirent aujourd’hui partager leurs découvertes et leurs coups de cœur.

Si vous aussi, vous désirez partager vos lectures avec nous et rejoindre le comité, n’hésitez pas à nous contacter à cette adresse.



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A comme Association, tomes 1 et 2 - Tome 1 : 12 exemplaires à la MDE

Collège

A comme Association Tome 1 : La pâle lumière des ténèbres, Erik L’Homme, Gallimard Jeunesse, 2010, 9,90 €

A comme Association Tome 2 : Les limites obscures de la magie, Pierre Bottero, Erik L’Homme, Gallimard Jeunesse, 2010, 9,90 €


Jasper, 15 ans, est lycéen, riche, souvent seul, magicien et stagiaire à l’Association, chargée de maintenir l’équilibre entre Humains et « Anormaux ». Ironique, spécialiste du calembour plus ou moins réussi, un peu vantard et maladroit, Jasper craque pour Ombe, une autre stagiaire. Lors de sa première mission, il neutralise un vampire. Mais il s’avère que celui-ci est drogué, que l’affaire est plus grosse qu’il ne le croit, et que la discrétion indispensable à l’Association n’est pas la première qualité de Jasper !

Dans le tome 2, on suit Ombe, 18 ans, canadienne, polyglotte, orpheline et « Paranormale » : elle est presque incassable. Sa première mission l’amène à tenter d’apaiser un conflit territorial entre Gobelins et Humains. Ceux-ci ne connaissant pas l’existence des premiers, la discrétion est, là-aussi, de mise. Évidemment, ce n’est pas non plus la première des qualités d’Ombe…

La série devait être écrite d’un bout à l’autre à quatre mains, chaque auteur réalisant un tome à son tour. À la suite de la disparition tragique de Pierre Bottero, Erik L’Homme la poursuit seul. Le septième tome sort fin février 2012.
Les deux premiers récits, plutôt courts, sont tous les deux drôles et haletants. L’ironie des personnages est efficace. Les références sont fréquentes, notamment au Seigneur des anneaux (citations en langue elfique !) ; la magie est présentée comme un art ancestral et complexe.
Le croisement des points de vue est intéressant, certains événements se retrouvant d’un tome à l’autre. On découvre aussi le point de vue de chaque personnage sur l’autre protagoniste. Le mystère qui entoure l’Association et ses représentants laisse ouvertes de nombreuses hypothèses.

À mort l’innocent

Collège

À mort l’innocent, Arthur Tenor, roman, Oskar jeunesse, coll. Cadet, 2007


Le narrateur, à l’occasion de la mort de son ancien instituteur devenu son ami, raconte l’erreur judiciaire dont celui-ci a jadis été victime. En raison de son apparente homosexualité, cet instituteur d’une école rurale fut accusé de la mort d’un de ses élèves et poussé au suicide par l’engrenage judiciaire.

Le roman est court et l’écriture simple, mais on vit de l’intérieur le processus de l’erreur judiciaire comme un intense suspense psychologique. Accessible même à de petits lecteurs à partir de 12-13 ans, ce livre est parfait pour illustrer les thèmes de la justice et de la discrimination.

Albert le magnifique

3e et au-delà

bande dessinée, Daniel Blancou, éd. Sarbacane, 2009.

Une bande dessinée pour le moins originale, sur le thème de la productivité. Un employé modèle, à court de pilules, connaît des défaillances. Il suit habituellement un traitement qui lui permet de rester humain et, par conséquent, parfait, à ses yeux. Sans cela, il redevient un ours ! L’homme idéal étant le salarié qui n’agit que dans l’intérêt de l’entreprise, sans jamais se faire remarquer. Statut difficile à conserver quand on ressemble chaque jour un peu plus à un ours.

Assassin

3e, seconde

roman, Béatrice Nicodème, Mango Jeunesse, coll. Chambres noires, 2010

Damien, le personnage principal, possède tous les attributs d’un lycéen d’aujourd’hui : langage, problèmes d’argent, mode de vie « classe moyenne aisée ». Mais son quotidien est brusquement compliqué par des lettres anonymes le traitant d’assassin. Il les croit liées à un mensonge commis quelques années plus tôt, qui a eu des conséquences dramatiques et qu’il n’a jamais révélé à ses parents. Son sentiment de culpabilité l’entraîne dans un engrenage de dissimulation. L’intrigue, qui ressemble au début à une vengeance entre adolescents un peu simplette, rebondit plusieurs fois jusqu’à une affaire de meurtre dans laquelle Damien pourrait être gravement compromis.

Le suspense de ce livre est intelligemment entretenu par plusieurs fausses pistes et le lecteur est invité à une intéressante réflexion sur la culpabilité et le mensonge. Cette relative complexité, le ton très libre et l’épaisseur du livre (environ 300 pages) le destine plutôt à un public aguerri.

Au cœur de ma nuit

4e, 3e et plus

roman, Sarra Manning, Pocket Jeunesse, 2008.


Isabelle a 16 ans, elle vit à Brighton avec son père et son jeune frère, avec qui elle entretient des rapports tendus depuis la mort de sa mère.
Elle est très populaire dans son lycée où tout le monde la craint car elle a su se rendre aussi odieuse que redoutable. Elle avoue jouer les « pestes professionnelles ». Cette attitude cache bien sûr une profonde souffrance qu’un jeune homme ne va pas tarder à deviner. Il n’est pourtant pas facile de percer la carapace de cette jeune fille qui n’a pas réussi à faire son deuil et dont le lourd secret sera révélé à la fin du roman.

Voici un roman que les adolescentes ne lâcheront pas, non qu’il soit très bien écrit, mais on s’attache au parcours d’Isabelle, son personnage a une vraie épaisseur. Une fois le masque tombé, elle n’aura plus qu’à repartir sur de nouvelles bases.
On retrouve dans cette histoire une observation assez fine des humeurs adolescentes et des rapports sans concessions en milieu scolaire.

Black Eden, 1. La tour et l’île

4e, 3e, lycée

Black Eden, 1. La tour et l’île, Ana Alonso et Javier Pelegrin, roman, Milan, Macadam, 2012

Martin est un garçon qui vit en 2121. Il est un peu différent des autres, car il peut lire dans leurs pensées, et il n’a pas de roue neurale implantée dans le cerveau (dispositif permettant d’être tout le temps connecté à internet ou à la télévision). De plus, son père est en prison depuis des années pour avoir voulu se rebeller contre le pouvoir.

Sa vie bascule le jour où, à la suite d’une analyse de sang dans son école, il découvre que son corps résiste à toutes les maladies possibles. Une société pharmaceutique, Dédale, le recrute et il se rend sur une île paradisiaque pour subir des expériences, dans le but de mettre au point de nouveaux médicaments. Il va y rencontrer trois autres adolescents, qui, comme lui, résistent à toutes les maladies et qui se prêtent aux expériences.
Progressivement, ils découvrent la réalité sordide qui se cache derrière les apparences : on leur inocule de nouvelles souches de virus pour créer de nouvelles armes bactériologiques et leurs antidotes. Par ailleurs, un autre élément les relie, les amenant à penser qu’ils viennent du futur. Mais dans quel but ? Ils comprennent qu’ils doivent fuir l’île pour rencontrer leur destin.

Ce premier tome ménage le suspense et donne envie de lire la suite. Il plaira aux adolescents en quête d’aventure, d’amitié, de mystère et de secrets.

Black-Out

Black-Out, Andreas Eschbach, roman, L’Atalante, 2011

Christopher n’est pas un adolescent comme les autres ; c’est un génie de l’informatique et en voulant aider sa mère, il a piraté le système bancaire international et provoqué un chaos économique dans le monde entier.
Exilé, il travaille avec son père et un scientifique à la création d’un prototype de puce informatique révolutionnaire. Mais le projet est détourné par un des participants qui se fait implanter une puce lui permettant d’être toujours connecté à internet et aux autres porteurs de la puce. Ceux-ci font partie d’une unité appelée la Cohérence. Son père et d’autres hommes implantent de force à Christopher une de ces puces, mais celle-ci est défectueuse et lui permet d’échapper à cette entité.
Poursuivi, il traverse les États-Unis à la recherche d’un homme, Jeremiah Jones, qui dénonce les dérives des nouvelles technologies et est accusé d’attentats. Aidé des deux enfants de celui-ci et de ses disciples, il va tout tenter pour détruire la Cohérence qui a de plus en plus d’adeptes et veut contrôler le monde.

Le roman commence par une course-poursuite dans le désert qui nous plonge directement dans l’action et nous donne envie de ne pas lâcher ce livre. Peu à peu, on comprend les raisons de la fuite des trois adolescents à travers des flash-back.
Malgré de nombreuses références aux nouvelles technologies, l’histoire reste accessible et l’on suit avec intérêt le voyage de ces trois adolescents. La fin laisse penser qu’il y aura une suite car le combat contre la Cohérence ne fait que commencer.

Ce roman peut se lire dès le collège et peut toucher des élèves qui lisent peu par son thème des nouvelles technologies et son rythme mêlant suspense et de l’action.

Boys don’t cry

À partir de la 5e

Boys don’t cry, Malorie Blackman, roman, Milan, Macadam, 2011, ISBN 978-2745954992, 12,50 euros

Dante a 17 ans, un an d’avance, un frère de 16 ans qui se destine au cinéma, et il attend le facteur : les résultats de ses examens doivent arriver, et il attend de savoir s’il peut envisager l’université et la brillante carrière qu’il vise. Mais c’est Mélanie qui sonne à la porte, son ex-copine qu’il n’a pas vue depuis 1 an et demi, disparue du lycée. Mélanie est accompagnée d’Emma, sa fille. Enfin... leur fille, lui apprend-elle ! Elle la laisse à Dante, sonné, le temps d’aller faire quelques courses. Mais elle ne revient pas et laisse l’enfant au jeune homme, qui doit faire face…

Raconté en suivant tour à tour le personnage de Dante et celui d’Adam, son frère, dont les choix, assumés et revendiqués, ne sont pas toujours compris, ce récit est très touchant, pas glauque mais sans angélisme.
Dante, après un moment de refus, doit intégrer ce changement radical qu’est l’arrivée de sa fille ; cela l’oblige à remettre en cause les projets sur lesquels il s’est construit, et à faire face à ses responsabilités. Dans cette famille d’hommes, la venue de la petite Emma révèle les uns aux autres, dans leurs non-dits et dans leur amour. Chaque personnage (les deux frères, le père, la tante, le groupe d’amis) a une personnalité différente, intéressante et suffisamment complexe.
Un très beau roman !

Chaque soir à 11 heures

5e, 4e, 3e

Chaque soir à 11 heures, Malika Ferdjoukh, roman, Flammarion-Père Castor, coll. Émotions, 2011, 13 €

Willa est une jeune lycéenne très ordinaire et qui a la chance de sortir avec Iago, le plus beau garçon du lycée. Lors de la fête d’anniversaire de son amie Fran, Willa rencontre le très mystérieux Édern, dont les parents sont morts tragiquement. Ce dernier l’invite chez lui, dans une grande maison défraîchie, sombre et secrète.
Dès lors, la vie de Willa va être très mouvementée...

On suit avec beaucoup de plaisir et d’engouement les aventures de la jeune adolescente, ses amours et son envie de résoudre les mystères de la maison d’Édern.

Cherub, 01. 100 jours en enfer

Collège

Cherub, 01. 100 jours en enfer, Robert Muchamore, roman, Casterman, 2009

À la mort de sa mère, James est placé dans un orphelinat. Cherub, une agence secrète britannique composée d’agents de 10 à 17 ans, le recrute alors. Pour pouvoir intégrer définitivement Cherub, James va devoir participer à un programme d’entraînement particulièrement difficile et éprouvant, avec l’instructeur sadique M. Large. James va-t-il réussir à finir ce programme durant ces 100 jours qui vont se transformer en enfer ?

Premier tome d’une série d’espionnage savoureuse. On se doute que James va finir son programme et va pouvoir participer à des missions d’infiltration dans chacun des volumes suivants. La vie quotidienne des adolescents est décrite avec justesse, et les missions des agents se révèlent à chaque fois palpitantes.

Chroniques du Monde Émergé

À partir de la 4e

Chroniques du Monde Émergé, Licia Troisi, 3 t., Pocket, 2011-2012.

1, Nihal de la Terre du Vent ; 2, La mission de Sennar ; 3, Le talisman du pouvoir, 512 pages, 522 pages et 640 pages

Nihal vit avec son père, l’armurier Livon, à Salazar, une immense tour de la Terre du Vent. Elle rêve de devenir un guerrier, chevalier du Dragon, malgré le peu d’enthousiasme de Livon. Lors d’un duel d’enfant, elle est vaincue par le jeune apprenti magicien Sennar. Elle décide alors d’apprendre les rudiments de la magie auprès de la maîtresse de Sennar, qui s’avère être sa tante Soanna. Mais, jusqu’à présent épargnée par les troupes du Tyran qui s’empare peu à peu de toutes les Terres émergées, Salazar va être frappée de plein fouet… et Nihal découvrir qu’elle n’est pas qui elle croit être.

Cette excellente trilogie de fantasy peint très justement les sentiments des héros et propose un questionnement fort sur ce qu’est la vie et sa valeur, sur les raisons de se battre. Nihal, personnage têtu qui s’enlise dans sa colère et sa haine, a du mal à progresser. Elle va réaliser un véritable apprentissage, laborieux, vers la maturité.

La trilogie propose une aventure qui n’est pas manichéenne : la face sombre de l’héroïne, le personnage du Tyran, les exactions de la guerre et son aspect cyclique dans le Monde Émergé, la paix fragile et coûteuse, amènent à une réflexion qui dépasse le récit des péripéties.
Les chapitres courts rendent la lecture très aisée. Le rythme sur les trois tomes est soutenu (il se passe beaucoup d’événements) mais la quête avance relativement lentement, et cela rend l’aventure réaliste : Nihal et Sennar ne sont pas des sauveurs inespérés qui vainquent en un claquement de doigts.

Comme des trains dans la nuit

4e, 3e, lycée

Comme des trains dans la nuit, nouvelles, Anne Percin, Éditions du Rouergue, doAdo, 2011

Je suis une grande fan d’Anne Percin et je ne serai donc pas très objective.
Voici donc quatre magnifiques nouvelles qui parlent de l’adolescence. Dans chaque histoire, un couple (amis, cousins, amoureux...) se retrouve face à des choix qui vont les aider à grandir. C’est plus ou moins douloureux, mais toujours très émouvant et merveilleusement raconté.
Qu’ils découvrent l’amour ou la veulerie de leurs aînés, ils n’abdiquent pas et en cela ils sont admirables. D’autant plus que les adultes ont, quant à eux, rarement le beau rôle.

Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?

Collège

Dear George Clooney, tu veux pas épouser ma mère ?, Susin Nielsen, roman, Hélium, 2011

Après le divorce de ses parents et afin de trouver un prétendant décent à sa mère, Violette, l’héroïne, décide d’écrire à Georges Clooney.
Sa mère qui est une « coiffeuse de grand talent » a cependant des goûts catastrophiques en matière d’hommes !
Violette prend donc l’initiative de se mettre en quête de quelqu’un qui lui convienne mieux. Elle met la barre un peu haut en jetant son dévolu sur George Clooney, « monogame en série ».

Voici un roman hilarant et décapant qui enchantera les nombreuses fans du beau Georges mais surtout, nos adolescentes qui se reconnaîtront dans les préoccupations de Violette. Le problème des familles recomposées y est bien sûr abordé, puisque Violette évolue entre sa mère coiffeuse avec qui elle vit à Vancouver et qui tire le diable par la queue, et son père scénariste à Hollywood, vivant avec une bimbo en quête du rôle de sa vie.

Dernier métro

À partir de la 4e, lycée

Dernier métro, Christophe Léon, roman, La Joie de Lire, 2012

1962. Depuis la mort de sa mère et le départ de sa sœur Louise, Daniel Châtelet, 16 ans, vit seul avec son père, Maurice. Celui-ci, ouvrier aux usines Renault à Billancourt, est délégué syndical CGT, adhérent au Parti Communiste, vendeur de L’Humanité le dimanche. Sur les traces de ce père qu’il admire, Daniel fait ses premiers pas de militant dans son lycée.
Jusqu’aux événements de la station de métro Charonne, le 8 février 1962.

Ce roman aborde la répression policière de la manifestation anti-OAS du 8 février 1962, répression qui a causé la mort de plusieurs personnes à la station de métro Charonne.
Il permet également de faire découvrir aux lecteurs l’engagement syndical et politique fortement présent dans les années 1960. La situation politique qui sert de toile de fond (guerre d’Algérie, retour de De Gaulle en 1958) n’est pas explicitée en détail, mais le roman invite à s’intéresser à la période.

Malgré le côté un peu archétypal des personnages, il se lit avec plaisir. Les premiers émois de l’adolescence, la pudeur de la relation père-fils, les mentalités de l’époque bien restituées (par exemple le rôle de la femme) rendent le personnage de Daniel consistant et le récit très crédible.
La richesse du vocabulaire et plusieurs flash-back peuvent complexifier un peu la lecture. Malgré la fin tragique et émouvante – qui invite à réfléchir sur la notion de méprise – on prend beaucoup de plaisir à la narration un peu distancée et à l’humour souvent présent.

Dons

Collège, 5e, 4e, 3e

fantastique, Ursula K. Le Guin, éd. L’Atalante, coll. La dentelle du cygne, 2010.

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Les premiers chapitres de ce livre présentent les ingrédients traditionnels de la fantasy qui ravissent les amateurs et agacent les autres : un monde archaïque et féodal structuré en clans dont les maîtres possèdent – outre des noms proto-médiévaux à coucher dehors – des pouvoirs magiques dont la transmission héréditaire garantit la survie du clan (les « dons » du titre). La variété de ces dons, assez réjouissante, laisse espérer de pittoresques duels de sorcellerie.
Mais l’histoire prend progressivement un tour plus subtil que prévu. Le jeune héros est effrayé par le don de destruction que possède son regard et qu’il croit être incapable de maîtriser, devenant ainsi un danger pour ses proches. Il décide alors de s’aveugler et de renoncer à la place qui devait être la sienne. Il chemine ainsi dans l’obscurité vers la découverte de son vrai don, qui est un don d’embellissement (celui de l’écrivain ?). L’auteur renonce du même coup au récit d’actions héroïques que le lecteur attendait peut-être, pour une histoire tragique et belle de recherche de la lucidité et de refus de l’hérédité.

Ce livre, accessible dès 12-13 ans, mènera donc traîtreusement le lecteur amateur de fantastique et d’héroïsme bon marché vers des terres plus riches de poésie et de signification : celles de la vraie littérature.

Dons est le premier volume d’une trilogie de la romancière américaine Ursula Le Guin. Les éditions L’Atalante ont publié récemment le deuxième : Voix.

Douce nuit, minus !

4e, 3e

Douce nuit, minus !, Sylvie Deshors, roman, Le Rouergue, Doado noir, 2012, 90 p.

Minus va passer un triste réveillon de Noël : il doit échapper aux vigiles qui le poursuivent, alors qu’ils ont déjà arrêté sa mère qui volait un jeu vidéo pour qu’il ait un cadeau à Noël. Il réussit à leur échapper in extremis et s’enfuit sur la plage, dans un coin secret, son refuge.
Mais hélas, il n’est pas tout seul ce soir-là : il rencontre un drôle de personnage, Nasta, sorte de ninja enfiévré. À eux deux, ils vont partir dans la ville dégonfler les baudruches de Noël et sabrer les sapins. L’ivresse de l’épopée se dissipe quand ils rencontrent un père Noël tout sale qui leur propose de partager son repas. Ils le suivent, et le méchant père Noël enferme Minus dans un bunker, pensant l’échanger contre une rançon.
L’angoisse est insupportable pour Minus, d’autant plus qu’il pense que Nasta l’a abandonné. S’en sortira-t-il vivant ?

Un roman court qui propose une belle réflexion sur les gens qui vivent en marge de la société. Chacun réagit à sa façon : révolte, impuissance, grain de folie, rage meurtrière. Une histoire qui commence dans une dure réalité et qui s’enfonce dans le polar sombre montrant la noirceur de l’âme humaine.
Pour les amateurs de frissons.

Du plomb dans le crâne

lycée, lycée professionnel

Du plomb dans le crâne, Insa Sané, roman, Sarbacane, Exprim’, 2008.

Sarcelles, Villiers-le-Bel, en 2005, pendant les émeutes qui firent l’objet de nombreux reportages dans les médias. Deux frères, deux personnalités opposées, qui vivent chacun à leur manière ces événements. Prince est craint dans la cité, tandis que Sonny est continuellement dévoré par la peur. Pour eux deux, le temps est venu de retrouver leur mère, qui doit quitter l’hôpital psychiatrique où elle a été longuement internée.

Après Sarcelles-Dakar, Insa Sané plante à nouveau le décor de son roman dans la banlieue du Val-d’Oise où il a grandi. Cette fois-ci, il s’agit d’un roman très sombre, qui captive par l’envie de savoir qui sont réellement ces deux frères, et jusqu’où leur délire va les emporter. Un achat que je déconseille pour les documentalistes de collège, certains passages étant vraiment crus, mais qui trouve toute sa place en lycée.

Encore heureux qu’il ait fait beau

6e, 5e, 4e

Encore heureux qu’il ait fait beau, Florence Thinard, roman, Thierry Magnier, 2012

Un beau jour, la bibliothèque Jacques-Prévert quitte brutalement le quartier pour naviguer sur la mer.
À son bord, Sarah, la bibliothécaire, M. Daubigny, le professeur de technologie, Saïd aux faux airs de gros dur, toute la classe de 6eF, le directeur de la bibliothèque, et la femme de ménage. Une fois la surprise et la peur passées, il va falloir accepter l’incroyable et penser à l’organisation concrète à bord : Comment manger ? Comment se repérer sur la mer ? Comment boire ? Comment vivre ensemble ?

On embarque pour une histoire fantastique qui fait suivre les aventures d’une classe en pleine mer : rire, larmes, inventions, sentiments... sont au rendez-vous. On y découvre notamment comment calculer sa vitesse en bateau, comment pêcher en pleine mer ou récupérer l’eau de pluie avec très peu d’outils.

Fablehaven 1 : Le sanctuaire secret

6e à 4e

Fablehaven : le sanctuaire secret, Brandon Mull, Nathan, 2009

Saviez-vous qu’il existe quelques endroits dans le monde où se cachent fées, géants, sorcières, ogres, satyres et autres naïades ? Eh bien Fablehaven est un de ces endroits, et Kendra et Seth découvrent que leurs grands-parents en sont les gardiens. Le nombre et la gravité des ennuis que la fréquentation de telles créatures peut valoir à des jeunes gens inexpérimentés sont invraisemblables. Mais puisque ce volume est le premier d’une série, vous devinez qu’ils s’en sortent...

Les amateurs(trices) d’aventures féériques seront pris par la succession assez haletante de péripéties tour à tour poétiques et (gentiment) effrayantes. L’imagination et la qualité d’expression de l’auteur n’atteignent pas l’exceptionnel, mais le lecteur trouve ce qu’il s’attend à y trouver et c’est déjà bien.

Gretel et Hansel

À partir de la 6e

Gretel et Hansel, Suzanne Lebeau, Éditions Théâtrales Jeunesse, 2014, 77 pages

Gretel et Hansel racontent leur histoire à deux voix, depuis la naissance d’Hansel jusqu’à ce que Gretel les sauve de la sorcière, après un instant ou elle hésite à se débarrasser ou non de son encombrant petit frère.

Cette courte pièce de théâtre, bien écrite, montre bien les tensions possibles entre frère et sœur : rivaux pour la nourriture, manquante dans cette famille de conte, et pour l’amour des parents, Gretel et Hansel fonctionnent chacun dans leur logique et leurs reproches. L’injonction de responsabilité systématiquement demandée à Gretel, l’aînée, comme le lien fort entre frère et sœur sont bien rendus.
L’instant de doute – Gretel va-t-elle de débarrasser de son petit frère ? – est un moment intense.
Fidèle au conte et avec beaucoup de justesse, cette pièce se lit d’une traite. Elle peut se prêter à un travail sur la réécriture et l’intertextualité – les parents n’y ont pas le beau rôle et comme dans « Le Petit Poucet » abandonnent leurs enfants dans la forêt – mais peut-être plus difficilement en atelier théâtre dans la mesure où il n’y a que deux voix.

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Dernier ajout : 11 mai 2015.